Entretien avec Jacqueline Chambon, directrice de l'ACOD

Jacqueline Chambon dirige l’Association de Coopération, d’Organisation et de Développement durable et solidaire des territoires (l’ACOD), partenaire de l'ANCV en Outremer. Elle revient dans cette interview sur les enjeux et les perspectives du partenariat avec l'ANCV.

Pouvez-vous nous présenter votre association ? Quelle est son action ? Quel est son territoire d’intervention ?

L’association a été créée il y a 4 ans, en Martinique, par un groupe de citoyens volontaires ou professionnels, engagés dans le domaine de l’insertion, de l’accès à l’autonomie des publics, le soutien à la parentalité. Notre projet s’appuie sur les grands principes du sommet de Rio dans une volonté de développement durable et de solidarité. Elle a pour objectif d’agir dans le domaine de la solidarité auprès des publics fragiles dans le champ des vacances. Nos territoires d’intervention: la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, sont caractérisés par une activité touristique irrégulière et un niveau de chômage élevé. Si comme dans le cadre de toute politique sociale publique visant à freiner la montée de la misère, nous attribuons des aides, notre action va selon nous au-delà, et nous nous positionnons plutôt comme un « stimulateur de solidarité ». Il s’agit de connaître et mobiliser un maximum d’acteurs ultra-marins impliqués sur les secteurs du tourisme et de l’action sociale. Après une première expérience réussie en tant que porteur de projets par l’intermédiaire de l’Association Vacances Ouvertes, nous avons fait la connaissance directe de l’ANCV fin 2014 par l’entremise de la DGE puis de la Ville de Sarcelles.

Quelle est la situation du départ en vacances en Outre-mer ?

La situation est préoccupante à plusieurs titres. D’une part, le taux de non partants est très élevé (2 personnes sur 3 ne partent pas alors qu’en Métropole, 2 sur 3 partent) ; d’autre part, des freins économiques mais aussi culturels découragent les éventuels candidats au départ ; « en Outremer, il est plus d’usage d’accueillir sa famille en provenance de métropole, que de prendre des vacances » ; à titre d’illustration, le dispositif mis en place par VACAF en Outremer connaît un taux de recourt bien moindre qu’en Métropole.

Pourquoi avez-vous conclu un partenariat avec l’ANCV ? Comment se traduit-il ? Il vise à la fois des enjeux sociaux et de tourisme, je crois ; c’est bien cela ?

Nous avons conclu un partenariat avec l’ANCV car nous souhaitions monter en compétence et étendre notre activité vers les professionnels du tourisme. En agissant pour un départ en vacances des plus fragiles, notre ambition est aussi de contribuer simultanément au développement de l’activité sociale et touristique (l’une des premières ressources de l’Outremer) des 3 départements. Il s’agit de :

- professionnaliser notre expérience dans le domaine de la construction et de l’accompagnement social des publics sur les projets vacances. Nous ne travaillons pas directement avec les bénéficiaires mais par l’intermédiaire d’un réseau de professionnels et de bénévoles qui sont très en attente d’outils, d’expériences, de savoir-faire ; le savoir faire et la dynamique de l’ANCV dans le domaine sont très appréciés par nos 67 porteurs de projets : collectivités, travailleurs sociaux ; chefs d’établissement mais aussi les professionnels du tourisme...
Parmi les programmes que nous employons pour permettre le départ en vacances : les Aides aux Projets Vacances, les offres de Bourse Solidarité Vacances, les aides émanant des CAF ; de la Caisse Générale de la Sécurité Sociale, des collectivités, plusieurs d’entre elles pouvant entre mutualisées. En 2016, nous espérons faire partir 5000 personnes en vacances (2000 familles).

- développer notre activité vers les professionnels du tourisme.
En effet, parmi les professionnels de l’hébergement par exemple, certains n’acceptent pas encore le Chèque-Vacances et par conséquent ne sont pas non plus partenaires de Bourse Solidarité Vacances. Et si, par la même occasion, on peut les convaincre de proposer des Chèques-vacances à leurs salariés, on a tout gagné ! On souhaite également travailler aussi avec le service Petites entreprises de la Direction commerciale sur ce volet.

Les enjeux sont bien économiques mais aussi sociétaux. On marche sur nos deux jambes !

Quels sont selon vous les bilans et perspectives de ce partenariat ?
Apres 2 ans de collaboration directe avec l’ANCV, nous sommes très enthousiastes car nous avons beaucoup appris et cela crée une vraie dynamique au niveau de notre réseau. Par ailleurs, la mission que nous allons expérimenter en Outremer, en étant intermédiaire entre l’ANCV et les Professionnels du tourisme bien souvent également PME ou TPE, laisse augurer un développement progressif qui pourrait nous permettre in fine de toucher encore plus de primo partants en vacances, notre raison d’être et notre plus grande fierté.
Enfin, plus récemment nous avons découvert le dispositif d’aide aux vacances développé dans le cadre de la Politique de la Ville via les Directions régionales et départementales Jeunes, Sport et Cohésion Sociale, ce qui devrait nous permettre de toucher plus de jeunes, notamment en partenariat avec les chefs d’établissements, très impliqués.

En termes de perspectives, notre ambition pour les prochaines années est :

  • Dès 2017, de continuer à développer notre réseau de porteurs de projets en particulier sur la Guadeloupe et en Guyane, avec comme objectif sur la Martinique de se stabiliser autour de 1500 partants.
  • Poursuivre nos premières démarches vers les professionnels du tourisme pour développer le réseau d’acceptation et encourager l’offre de Bourse Solidarité Vacances.
  • La cible des jeunes adolescents pour favoriser leur autonomie reste un objectif majeur, à développer en lien avec les professionnels avec des activités adaptées.
  • A l’horizon 2018, développer notre activité en direction des personnes âgées, en particulier si une offre de séjours Seniors en Vacances se développe.
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